La destruction de la cheminée de la TIRU (ancienne usine isséenne d’incinération des déchets) a donné lieu à de nombreuses déclarations sur l’avenir vert de la ville d’Issy-les-Moulineaux. Nous ne pouvons que saluer l’arrivée d’un éco-quartier en lieu et place de l’ancienne usine.
Cependant, des propos assez étonnants ont pu être prononcés à l’occasion de la destruction de la cheminée. Le site de la ville donne même à lire ceci : « sa destruction symbolise la fin de l’ère industrielle et de ses usines polluantes qui a marqué la ville pendant un siècle ».
Voici donc révélée toute l’ambition écologique de la droite isséenne : repousser la pollution ailleurs.
Cette vision d’Issy repose sur un double aveuglement.
Le premier est économique. Il vise à faire croire, comme ce fut le dogme de la droite et malheureusement aussi des socialistes dans les anénes 1990, que la France pourrait se spécialiser dans une économie de services dans la division mondiale du travail. L’envers de la médaille, c’est la réduction de la part de la production industrielle de biens de consommations et de biens intermédiaires. Comme nous avons toujours besoin d’ordinateurs, de réfrigérateurs, d’imprimantes, de téléviseurs… y compris dans les entreprises de services, il faut les importer. Nous sommes donc devenus économiquement dépendants et le déficit de notre balance commerciale ne cesse de se creuser.
Issy fait partie de ces bulles d’entreprises de services qui se sont développées sur d’anciens terrains d’industries lourdes (Valéo, Zodiac, Gévelot…). Les bureaux ça fait chic, ça rapporte des taxes et ça permet d’éloigner les bleus de travail un peu plus loin. C’est une petite part de la rapide désindustrialisation de la France qui s’est jouée à Issy.
Le deuxième aveuglement est environnemental. Habitat mis à part, cette vision de l’économie a conduit à éloigner la production de ses lieux de consommation. Ce mythe du « tous cols blancs » a conduit à déséquilibrer en sens inverse l’aménagement du territoire et notamment à Issy. Or la production des biens qui sont conçus par les équipes de designers, par les marketeurs qui logent dans les bureaux isséens nécessite toujours autant sinon plus de consommation d’éléments carbonés. Ce serait une erreur magistrale de croire que la petite bulle isséenne est seule vertueuse, parce qu’elle aurait réduit sa consommation brute de CO2. La comparaison ne vaudrait que si toutes les multinationales implantées à Issy en remplacement des industries étaient vertueuses sur l’ensemble de leurs activités…
En témoigne le simple fait que la ville est un bouchon permanent matin et soir… surtout aux abords des zones de bureaux.
Les fausses modernités créent parfois les grandes désillusions.

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