La droite aime les chiffres. Elle les aime au point d’en faire l’alpha et l’omega de sa réforme des retraites. « A question démographique, réponse démographique » répondent tous les ténors de l’UMP sur les plateaux télés faisant assaut de leur humanisme comptable.
Certes l’espérance de vie s’accroît. Mais pas uniformément. Celle des femmes reste plus élevée que celle des hommes, même si l’écart s’est réduit de 1,5 an en 17 ans. L’espérance de vie n’est pas la même non plus suivant les Régions françaises. Ainsi, il y a plus de 4 ans d’écart d’espérance de vie pour les hommes et 3 ans pour les femmes entre Midi-Pyrénées et Nord-Pas-de-Calais. L’usure du corps, la maladie, le patrimoine génétique, la pénibilité du travail sont autant de facteurs qui jouent sur l’espérance de vie individuelle, sans parler des facteurs aggravants volontaires que représentent les addictions à l’alcool, les drogues ou la cigarette. Il n’y a pas de situation unique. On ne peut ranger les Français dans des petites cases définitives.
La structure de la population fait apparaître que plus de 2 millions de jeunes de 15 à 24 ans sont considérés comme actifs par l‘INSEE. Si l’âge d’entrée sur le marché du travail recule, il reste une part importante de la population qui commence à travailler très tôt. Mais ce ne sont naturellement pas les métiers et les professions qui intéressent la droite depuis 2007 : artisans, métiers de bouche, boulangerie, ouvriers non qualifiés, ouvriers du BTP, employés de maintenance ou de nettoyage… On est loin du bouclier fiscal, des Rolex et de la bande du Fouquet’s, employés de la grande distribution. Ce sont à ces travailleurs que le gouvernement s’apprête à demander de travailler plus pour gagner moins. Ils vont travailler plus, alors que leur espérance de vie est moins importante que celle des cadres. Ils vont cotiser plus pour continuer à en profiter moins longtemps. Pour ces travailleurs, le cliquet des 60 ans offre une garantie et une protection. C’est pour ces travailleurs que les socialistes se battent aux côtés des syndicats pour maintenir l’âge légal à 60 ans.
La position du gouvernement est idéologique. On s’oriente clairement vers le recul de l’âge légal de la retraite. Ce que le gouvernement vante comme un progrès n’est en réalité qu’un recul avant 1945. Nous sommes bien dans l’accomplissement de l’idéologie prônée par Denis Kessler de « détricoter le programme du Conseil national de la Résistance ». Nicolas Sarkozy obéît en tous points à un patronat stérile, arriéré et rétrograde qui n’a tiré aucune leçon des années Thatcher et Reagan et qui ne regarde pas ce qui se met en oeuvre aujourd’hui outre-atlantique.

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