olivierNicolas Sarkozy s’obstine, tel Caligula prisonnier de sa folie, à vouloir instaurer un débat national sur l’identité nationale. Nicolas Sarkozy s’obstine à déclarer que « nous vivons peut-être l’un de ces moments où les repères s’effacent, où l’identité devient incertaine, où naît le sentiment que quelque chose qui nous est essentiel pour vivre est en train de se perdre. Tout semble concourir à l’aplatissement du monde. » Nicolas Sarkozy prenant le pli d’Eric Besson clame à qui veut l’entendre que notre identité se perd et qu’il est capital de la redéfinir.

C’est que Nicolas Sarkozy a fini, par une réification fortuite, à se conjuguer avec la France. A force d’entendre les Baverez, Guaino ou Zeimour et autres déclinologues de tout poil déclarer, avant et pendant la campagne présidentielle, que la France se dissolvait dans la mondialisation, que son esprit se perdait, Nicolas Sarkozy a fini par se croire investi d’une mission divine. IL incarnait le sauveur de la France, cette France égarée par Blum, Mitterrand, Jospin et même de Gaulle et Chirac. IL allait refermer le cycle libertaire ouvert par mai 68.

Mais voilà, sa politique est un échec. Echec économique. Le Président du pouvoir d’achat n’est que le Président de la dette. Echec sécuritaire. Les lois se suivent. A chaque incident sa réplique législative. Echec social. Les inégalités se creusent du fait même du bouclier fiscal.

Cet échec, le sien, serait donc par amalgame l’échec de la France toute entière. Il faut donc revenir aux sources… Ce débat est donc le sien. Celui d’un homme mal à l’aise avec lui-même.

En second lieu, sur la forme, nous ne pouvons laisser Nicolas Sarkozy préempter des symboles qui sont ceux de la République toute entière. Son discours du 12 novembre 2009, à la Chapelle en Vercors témoigne de la pire forme de populisme. Oui, « notre conscience nationale, (…) s’est forgée dans l’épreuve. Depuis la guerre de cent ans jusqu’aux maquis du Vercors, de Corrèze ou des Glières, depuis Valmy jusqu’au Chemin des Dames, depuis Lazare Ponticelli, le dernier poilu engagé à 16 ans en trichant sur son âge parce qu’il voulait dire merci à la France qui l’avait accueilli jusqu’à ceux que Malraux, encore lui, appelait « les clochards épiques de Leclerc », depuis les pêcheurs de l’Ile de Sein jusqu’aux cadets de Saumur, la France a vécu d’abord dans l’esprit et dans le coeur de ceux qui avaient le sentiment de lui devoir tant qu’ils étaient prêts à se battre pour elle et peut-être à mourir ».

Et bien cette phrase-là, je ne la concède pas à son auteur. Je lui dénie même le droit de la prononcer. Parmi mes grands-parents, mon grand-père paternel fut poilu dans le Génie de 1913 à 1919, mes grands-parents maternels furent tous deux résistants, décorés. Mon grand-père maternel partit rejoindre Jean Monnet pour fonder l’Europe qui devait mettre fin à ces boucheries. Alors, au nom de leur mémoire et de mes convictions, je ne peux laisser récupérer la résistance par un homme dont le programme politique se réduit à ceci : supprimer le programme du Conseil national de la Résistance.

Denis Kessler, fidèle sarkozyste et poids lourd du MEDEF le décrit mieux que personne : « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde! Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance! » Nicolas Sarkozy ne doit tromper personne et personne ne doit se laisser duper. C’est au nom même de ses fondements du sarkozysme que je lui récuse le droit et l’opportunité de récupérer l’héritage de la Résistance.

Il est mal venu de se déclarer républicain et moderne, lorsque l’on embarque les Préfets, comme du temps du Régime de Vichy, dans une basse besogne de débats nationaux, à l’heure même, où les Préfets, symboles ultimes de la République dans nos départements, se doivent d’observer la plus grande neutralité en raison des élections. Et Nicolas Sarkozy voudrait nous faire croire qu’il revivifie ce mythe fondateur. Sur la forme, le débat est malvenu, manipulé et outrancier.

Sur le fond, la gauche n’a rien à renier sur l’identité de la France. Nous récusons ce « nationalisme fermé » que prône Nicolas Sarkozy, cette peur de l’autre comme fondement de la politique. L’étranger, le sans papier, le jeune, le chômeur, autant d’ennemis de l’intérieur qu’il faut combattre à grands renforts de lois. La guerre en Afghanistan resservie sans cesse comme moteur de la crainte du terrorisme. Comment oser se référer à la Résistance, alors même que Nicolas Sarkozy et François Fillon mènent là-bas une guerre en maintenant le Parlement dans l’ignorance de nos choix stratégiques et du renforcement de notre contingent. La France est la seule démocratie occidentale à procéder ainsi. Dans tous les autres Etats, le Parlement se prononce en opportunité et sur le volume du contingent. Si c’est cela l’identité nationale de Nicolas Sarkozy, un coquelet sans plumes, nous n’en voulons pas.

Nous sommes au clair avec nos valeurs, celles de la République, celles du tryptique « liberté, égalité, fraternité » inscrit sur nos écoles. Nous sommes au clair avec notre envie d’une Europe où le citoyen aurait sa place. Nous sommes au clair avec le programme du Conseil national de la Résistance : le revivifier, parce qu’il repose sur la justice sociale et économique. Nous sommes au clair avec la nécessité d’une police de proximité qui prévient autant qu’elle réprimande. Nous sommes au clair avec une justice indépendante du pouvoir politique, qui ne sert pas à enfermer ceux qui devraient avant tout être soignés ou plus trivialement à régler des comptes politiques. Nous sommes au clair avec nos concitoyens qui tendent la main pour aider un afghan qui a voyagé pendant 3 ans pour fuir la guerre.

C’est là l’esprit de la Résistance. Il n’est ni dans les charters de Monsieur Besson, ni dans la castration de Madame Alliot-Marie, ni dans les caméras partout de Monsieur Hortefeux, ni dans le bouclier fiscal de Madame Lagarde et Monsieur Woerth, ni dans les tripatouillages de Monsieur Marleix.

Voilà ce qui nous sépare de cette droite qui pas à pas sape l’esprit, les valeurs et les réalisations du Conseil national de la Résistance en réhabilitant le « Travail, famille, patrie » dont on connaît l’issue.

La place de la France dans le monde, nous la connaissons. Son modèle social a amorti la crise. Il est aujourd’hui l’inspiration de Barack Obama dans sa mise en oeuvre d’une sécurité sociale. Cette place elle s’accroîtra encore si nous laissons place à la tolérance, au rayonnement de notre culture, à la créativité et à l’acharnement de nos chercheurs, si nous donnons à chaque enfant la possibilité de réaliser le citoyen qui est en lui. Tout le contraire de Monsieur Sarkozy.

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3 Commentaires

  1. thpuijalon le 13 novembre 2009 13:25

    Pour les lecteurs, la phrase imputée à Denis Kessler remonte au 8 octobre 2007. Thomas PUIJALON

  2. thpuijalon le 13 novembre 2009 13:52

    « J’ai supprimé les droits de successions parce que je crois au travail, je crois à la famille » a dit Nicolas Sarkozy. En rupture complète avec le Vercors mais en accord complet avec Vichy.

  3. francis le 14 novembre 2009 20:23

    « Nous sommes au clair avec le programme du Conseil national de la Résistance : le revivifier, parce qu’il repose sur la justice sociale et économique »…ecris tu.
    Un « programme du CNR* » réécrit, remis à jour serait en effet un formitable outil, atout pour la Gauche, pour rassembler du PC aux « Gaullistes de Gauche » , ce que françoi Mitterrand avit (difficilement) réussi à faire avec le Programme Commun…
    qui y travaille au PS?
    * enfin, le dernier tiers, car le début, qui concerne le châtiment des traitres, le dédommagement des combats, etc…peut être (heureusement) oublié…

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