champ labouréLes élections sont toujours un bon moment pour révisiter et réinterroger nos pratiques militantes. Le Parti socialiste est entré dans un processus de rénovation depuis le congrès de Reims qui à terme nous permettra de doser subtilement entre renouvellement, expérience, diversité, parité, compétence… C’est sain et salutaire.
Il faut que ce processus aille à son terme. Et il n’y parviendra que si nous gardons raison, lors de ces élections régionales en ne pratiquant pas la surenchère. On ne plante pas un glaïeul sur du béton!
Nous prendrions le risque de perdre des élections en occultant certains sujets majeurs que nous imposent ce futur scrutin.

D’abord, nous avons beaucoup de sortants, ce qui ne facilitera pas le renouvellement. Faut-il pour cela sacrifier le bilan de ceux qui se sont investis dans leurs assemblées régionales, qui ont arpenté les marchés, fait du terrain, siégé dans les commissions et les organismes associés des régions, qui ont l’expérience d’une pratique délibérative? Ce serait se tirer une première balle dans le pied. Faut-il mettre toujours en avant la parité ou la diversité ou le non cumul pour revendiquer telle place, tel poste? Ce serait à coup sûr se tirer une balle dans le deuxième pied. Difficile de courir devant et même après l’UMP.
Dans un département comme les Hauts-de-Seine, où nous ne détenons que cinq mairies sur les trente-six communes, nous ne pouvons pas faire l’impasse de l’expérience et de la visibilité de ceux qui sont en situation de diriger une commune. Nous ne disposons que d’un seul parlementaire, sénateur, aucun député sur les treize circonscriptions que compte le département. Nous avons tout à faire, il nous manque des locomotives. Nous aurions tort de vouloir sacrifier des élus de qualité, au motif que le non-cumul doit se faire « ici, tout de suite », alors que notre Première secrétaire a annoncé que ce serait pour l’échéance suivante. Comment imposer aux têtes de listes départementales et aux colistiers ce qui ne l’a pas été pour les têtes de listes régionales?
De même, si un membre d’un exécutif communal ne peut se présenter sur la liste des régionales, pourquoi accepterions-nous de présenter des candidats minoritaires dans leur conseil municipal – élus presque plus nombreux dans les Hauts-de-Seine que les conseillers municipaux socialistes majoritaires? Ce serait une bien curieuse chose que de récompenser ceux qui ont manqué de voix aux élections municipales en les bombardant candidats aux régionales. De quelles qualités supplémentaires disposent-ils(elles) par rapport à nos camarades qui ont conquis ou gardé des villes à gauche? Voilà une bien curieuse morale que de blâmer celui qui gagne et vanter celui qui perd. A ce compte-là, nous ne sommes pas prêts à progresser collectivement.
La morale est la même pour tous ou elle n’est pas.

Le 92 est un laboratoire pour la gauche, un laboratoire pour progresser. Le temps du repli, de la défensive a assez duré. Le temps des conquêtes est-il enfin venu pour autant?
Nous avons encore des progrès à faire.
Tout autant que le renouvellement, la diversité, la parité, nous devrions prôner une morale exemplaire sur le non cumul des candidatures. Pas de cumul des mandats, sans cumul des candidatures.
Certains peinent à comprendre que nous ne progresserons pas si le(la) même est candidat à tout : municipales, cantonales, régionales, législative, européennes voire même sénatoriale. Quel égo faut-il pour imaginer être compétent pour chacun des niveaux! Quelle prétention faut-il pour s’imaginer qu’il est aisé de passer de l’un à l’autre sans aucune difficulté!
La politique est le seul domaine aujourd’hui où les compétences sont autant concentrées. Pour prendre une image, c’est comme si le même homme jouait en ligue 1 de football, de rugby et de handball. Personne n’imagine un homme capable de jouer à la perfection dans chacun de ses sports. Pourtant en politique, cela ne pose pas de problème. Pour les candidats, mais pas pour les Français. Si la thématique du millefeuille prend si bien dans l’opinion, ce n’est pas tant à cause de l’enchevêtrement des compétences qu’à cause des hommes et des femmes qui les exercent.
Ce parcours implicite qui veut que l’on passe d’un mandat à un autre entraîne une confusion des compétences entre chaque collectivité. J’en prendrai un exemple simple, celui d’André Santini, inoxydable maire d’Issy-les-Moulineaux qui en dix ans a jonglé en permanence entre un mandat de maire, son mandat de député, un mandat de conseiller général, un mandat de conseiller régional, pour revenir à la mairie et repartir en 2010 à la Région. Comment espérer y comprendre quelque chose, lorsque le même homme vous explique qu’il va rénover les berges de la Seine dans sa profession de foi de député, de maire, de conseiller général ou de conseiller régional…

La clarté s’impose à nous. Nous ne pouvons plus reproduire cette course aux mandats où on saute d’élection en élection pour conserver un brin de notoriété et espérer gagner un échelon ou un grade à l’élection suivante. C’est le signe du plus profond mépris pour les électeurs et les institutions locales. Car parmi tous ces niveaux, le plus compliqué à tenir aujourd’hui est celui de Maire. La clause de compétence générale, les difficultés budgétaires, la pression citoyenne et la montée en flèche de la responsabilité pénale rendent extrêmement ardu l’exercice de cette fonction.

Alors que faire? Je crois fermement que nous sommes plus forts, et c’est ce qui nous distingue des notables de la droite, lorsque nous « chassons en meute », lorsque nous sommes capables collectivement de mettre en avant un homme/une femme pour chaque mandat, lorsque les socialistes sont capables de présenter localement une équipe complémentaire. Une équipe, qui du militant au sénateur en passant par le maire et ses adjoints, le conseiller général ou régional et le député, est capable de se mettre au service de la population, mesure ses attentes et y répond, travaille sur le terrain, va au devant de la population, sort dans la rue et organise des réunions publiques, refait du porte-à-porte et accepte de rendre compte.
C’est à ce prix que nous regagnerons les présidentielles, en tissant un réseau local où l’élection de l’un(e) est l’affaire de tous et non pas le tremplin pour sa future échéance.
Les socialistes ont besoin de retrouver un esprit d’équipe et oser la prise de risque de la diversité des visages.
Il est peut-être trop tard pour ces élections régionales, mais il n’est pas trop tard pour que les militants comprennent que la citoyenneté est au-dessus des égos et des appareils.

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3 Commentaires

  1. Cristina le 29 octobre 2009 12:18

    Je partage tout à fait ton analyse !

  2. Xavier le 29 octobre 2009 12:25

    Une bonne note en contrepoint des idées démagogiques de ceux qui sautillent sur leurs chaises en criant « renovation » « renovation »

  3. thpuijalon le 29 octobre 2009 12:36

    Merci de vos commentaires. C’est une conviction que j’ai, chevillée aux tripes et une morale d’action quotidienne.

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