chêneAinsi le voile est levé sur le « grand projet » de Nicolas Sarkozy concernant les collectivités territoriales. Nous sommes bel et bien entrés de plain-pied dans une crise de nature politique avec un projet autoritaire qui remet en cause les fondements mêmes de la décentralisation. 
La réforme portée par Nicolas Sarkozy n’a que deux vocations : étouffer la démocratie locale et constituer, après le bouclier électoral, un bouclier territorial pour les élus UMP.
Nicolas Sarkozy a déclaré « comme la démocratie, la décentralisation est devenue un bien commun. » Il faut une sacrée dose de culot et de mensonge pour prononcer ces mots, alors même que toute la réforme est tournée vers deux éléments fondamentaux :
- la fusion des conseillers généraux et des conseillers régionaux dans ce qu’il dénomme le conseiller territorial,
- la mise en place d’un scrutin à un tour, qui donnera la majorité des voix à l’UMP dans un maximum de collectivités détenues par la gauche.

Concernant le conseiller territorial, personne ne peut croire que ce sera un progrès pour la démocratie. Instituer un élu dont la première raison d’être est le cumul des mandats et des fonctions est un recul démocratique. De même, la rançon du conseiller territorial sera un recul du pouvoir donné aux élus locaux et un renforcement de la technocratie administrative que Nicolas Sarkozy dénonce tant par ailleurs. Qui peut croire que cette réforme porte en elle un progrès pour la démocratie locale, lorsque le même élu, indemnisé 1,2 fois plus que les conseillers régionaux, devra absorber les rapports et délibérations des deux assemblées, participer aux séances des deux assemblées, représenter chacune des collectivités dans les lycées, les collèges, les organismes divers, rendre compte dans son canton redécoupé (sans doute avec le même doigté géographique et les mêmes subtilités politiques qui ont présidé le charcutage des circonscriptions législatives opéré par Alain Marleix)? C’est abuser les Français. Notre petit Népote n’a là qu’une seule envie, asservir les élus locaux.
Comme si cela ne suffisait pas, la cerise sur le gateau apparaît avec le mode de scrutin : un tour! Finie la multiplicité des offres au premier tour pour se rassembler au second. On rentre dans une logique binaire. Pour ou contre Nicolas Sarkozy. Le népote a bien compté et recompté ses 30% d’intentions de vote au premier tour des régionales et l’absence de réserves pour le second. Il a contourné la difficulté en supprimant le second tour. C’est cela la démocratie?
Tout ceci trouve son inspiration dans la politique menée par le grand modèle de Nicolas Sarkozy : Margaret Thatcher. La dame de fer avait organisé l’asphyxie des communes pour mieux anéantir la démocratie locale. Ce qui est à l’oeuvre aujourd’hui s’apparente très fortement à la même forfaiture.
L’autre composante essentielle de la vision de la démocratie de Nicolas Sarkozy provient de sa formation politique à Neuilly. Son seul acte courageux fut de trahir son parain, Charles Pasqua, en 1983, pour lui voler la mairie de Neuilly à la mort de son autre parain, Achille Perretti. Depuis, Nicolas Sarkozy n’a connu dans son fief ni opposition ni débat démocratique. C’est la même pratique qui a présidé au fonctionnement du Conseil général des Hauts-de-Seine qui ne fut qu’un instrument  de bunkerisation, d’élimination des opposants par des instruments occultes comme l’EPAD, l’OPHLM, la SEM 92. Comment attendre d’un Président qui n’a jamais pratiqué la démocratie, dont le plus bas score électoral fut 59% qu’il conduise une véritable concertation démocratique avec tous les acteurs, les élus de sa majorité, ceux de l’opposition, les associations et les syndicats? Il n’y a rien à attendre d’un homme qui a baigné dans un clan, qui ne connaît de la France que le quart de son département, qui voyage avec les oeillères de son service de protection, qui a recours aux figurants lors de ses déplacements et trompe les ouvriers par des « visites surprises ».
Il n’y a rien à attendre de cet homme-là. Il n’a pas non plus à attendre de la gauche qu’elle vote sa réforme. C’est à une crispation, une crise démocratique que ce coup de force sur les libertés locales nous engage. Nicolas Sarkozy saura nous trouver.

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2 Commentaires

  1. Nicole Perralt-Le Pape le 20 octobre 2009 18:02

    Analyse très complète. Face à tout cela je me pose la question du « comment faire » pour faire prendre conscience des questions de démocratie bafouée, et des dangers qui augmentent sans cesse. Comment faire et quoi proposer. Ce grignotage des processus démocratiques est commencé depuis longtemps à divers niveaux. Trop de gens – en-dehors de militants, adhérents d’organisations politiques ou syndicales – ont une conscience insuffisante pour être opérant sur ce domaine. L’absence d’éducation politique en est une cause importante. Où doit-elle se faire et comment est central pour faire évoluer les choses. Nous parlons souvent d’éducation populaire. C’est une attitude à avoir avec les gens. Mais pensons à faire passer que tout est politique, et résulte de choix. Faire voter sur le statut de la poste a été un moyen concret, source d’échanges et de remise en selle de « on peut faire quelque chose ». On devrait en tirer des conséquences. Car en militant ainsi à pied avec tracts et bulletins de vote on a fait un travail bien accueilli, comme si il était attendu même! Une confiance redonnée dans la place que l’on peut prendre sur le monde et le quotidien. Confiance car on s’est tous mis ensemble dans le « faire ». Des idées qu’on peut entrer en acte démocratique. Cela a été un moyen je pense d’ échanges éducatifs sur les processus démocratiques. A décliner, élargir etc…

  2. thpuijalon le 20 octobre 2009 18:30

    Comment faire? Bonne question. Qui appelle ces quelques lignes de commentaires de ma part.
    1) nous avons un grand réseau d’élus locaux qui peut toucher aussi des maires divers droite et pourquoi pas quelques élus UMP républicains. Pour une fois, nos élus ne pourront pas dire que « ce n’est pas leur campagne ». Ils sont tous remis en cause par la pièce maîtresse de cette réforme : la suppression de la taxe professionnelle.
    2) les Français comprennent très bien que si leurs impôts ne doivent pas augmenter, à ressources fiscales moindres, nos élus locaux devront supprimer des services publics. Lesquels? le portage du repas à domicile des personnes âgées? des crèches? des TER aux heures de pointe? Les aides à la cantine? Par ce biais, il est possible et souhaitable d’engager un débat avec nos concitoyens.
    Les Français comprennent bien qu’une réforme qui institutionnalise le cumul des mandats, qui crée un hold up en donnant la majorité avec moins de 30% au premier et unique tour de scrutin, qui supprime l’autonomie fiscale et financière, nous sommes loin des progrès démocratiques annoncés par le népote présidentiel.

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