masque2Le lundi 22 juin 2009, Nicolas Sarkozy a enfin mis en oeuvre sa révision constitutionnelle en prononçant son discours du trône devant le Congrès. Les mots. Une grande prosopopée à la gloire de son action future. D’action passée, il n’en est point question. Ce discours raye d’un trait de plume les mandats précédents et les deux premières années du sien. Ce discours est l’acte fondateur de sa République. Pour ce faire, il a endossé de nouveaux habits: consensuel, posé, calme, rassembleur…
Comme la fondation de Rome repose sur un crime, la fondation de la République repose sur un crime : l’aveu de l’échec de sa politique depuis deux ans. Il y a les mots et les silences. Parmi les silences figurent toutes les prérogatives du Président: la Défense, les affaires étrangères, la sécurité, la santé… Tous domaines dans lesquels sa politique est dans l’impasse. Alors que les forces françaises en Afghanistan sont sans cesse renforcées par de nouveaux contingents, alors que l’Iran connaît une crise sans précédent, alors que l’Europe doute sur sa nature, ses frontières et son avenir, alors que l’UMP renâcle à adopter la quinzième loi sur la sécurité et que les quatorze autres aboutissent à un échec, nous attendions un autre discours que ce caprice de Marie-Antoinette : creuser encore le déficit par un emprunt!
Tout le discours renie les faits, le bilan de deux ans de mandats.
Tout le discours commence par une imposture et de taille : l’acceptation de la République et de ses règles par Nicolas Sarkozy. Rappelons dans le texte cette envolée lyrique : « Depuis 1875, le Chef de l’Etat n’avait pas le droit de venir parler devant les Assemblées. il ne pouvait communiquer avec elles que par des messages écrits qu’on lisait à sa place. Cette règle avait été posée dans un climat de méfiance où la République se sentait fragile et menacée. Cette époque est révolue depuis longtemps. La République est solidement ancrée dans notre pays. Le temps était donc venu que s’établissent entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif des rapports plus conformes à l’esprit d’une démocratie apaisée. Une démocratie apaisée, ce n’est pas une démocratie où tout le monde est d’accord mais où tout le monde s’écoute et se respecte ».
Drôle de conclusion pour ce chapitre, alors même que le Président a parlé puis s’en est allé, sans justement écouter et respecter.
Sous les apparences du consensus, du discours pontifiant sur la République et ses valeurs, se cache une autre réalité. En effet, cinq jours plus tard, le gouvernement publie au journal officiel le rapport de la Commission Guéna, commission « indépendante », comme le furent la commission Attali et les commissions Balladur – en sarkozie, on emploie le terme « commission indépendante » pour légitimer par d’autres ce qui est difficile à porter dans un premier temps par l’exécutif seul. Cette commission « indépendante » a donc planché sur la calamiteuse copie qu’Alain Marleix lui avait donnée, charcutant la carte électorale française avec des méthodes de truand. Charcutant, car le découpage ainsi obtenu sanctuarise 11 sièges pour les français de l’étranger, supprime 33 circonscription dont 23 à gauche et en recrée autant, surtout au profit de l’UMP. Revenons tout d’abord sur les Français de l’étranger. Leur accorder 11 sièges est profondément étranger à la logique républicaine. En effet, ces députés voteront le niveau et la nature des impôts auxquels ces mêmes français ne seront plus assujettis… Il s’agit uniquement d’assurer une base électorale plus forte à l’UMP.
La Commission Guéna dans son rapport a amplifié la difficulté pour les socialistes à reconquérir la majorité et a rayé de la carte les villepinistes. Le gouvernement par la voix de François Fillon s’est empressée d’approuver son contenu avant même sa parution.
Ainsi donc, en un rapport, voilà démontré que le discours pontifiant de Nicolas Sarkozy n’était que du vent, destiné à prendre des distances avec un futur rapport qu’il assume cyniquement et parfaitement.
De même, l’autre lame de fond arrivera à l’automne avec la loi portant réforme des collectivités locales organisant la mise en pièce des institutions locales, uniquement à des fins comptables et électorales.
Tout ceci n’est pas grave, tant que le prince jouit de son pouvoir.
C’est là ce qui nous différencie profondément de cette droite incarnée par Nicolas Sarkozy : la démocratie n’est pas un gadget. Elle est un bien fondamental. On ne la piétine pas par des manoeuvres, des tripatouillages, des charcutages. Nicolas Sarkozy n’a pas fait qu’emprunter ses discours au Front national pour mieux glaner son électorat, il a pris une part profonde de la noirceur de ce parti.
Désormais, il y a deux camps, comme pour Vichy: ceux qui acceptent et cautionnent et ceux pour qui la République et la démocratie sont des valeurs indépassables.

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2 Commentaires

  1. Le retour de “Supermenteur”???? | Jardin politique le 1 juillet 2009 14:17

    [...] il fait le contraire de ce qu’il a dit. Nous l’avons déjà démontré à propos du redécoupage électoral. Nouvel exemple ! Lundi 22 juin 2009, Nicolas Sarkozy faisait assaut d’éloge sur notre [...]

  2. La tentation totalitaire de l’UMP | Jardin politique le 8 septembre 2009 10:44

    [...] la panique pour mieux planter les banderilles d’un libéralisme qui avance masqué. Depuis le discours du trône devant le congrès le 22 juin et son interview dix jours après dans le Nouvel Observateur, Nicolas [...]

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