De mes cours de classe préparatoire littéraire, je retiens de nombreuses clés pour comprendre le présent. Dans les discours de Cicéron, dans l’Histoire de Tacite ou de Tite-Live, il nous est donné de comprendre ce qu’Aristote décrivait à merveille dans Les Politiques: la chute en désuétude de la démocratie.
Le taux de dépolitisation des citoyens occidentaux est inquiétant. Combien de personnes entendez-vous dans votre entourage, dès lors que vous avouez un engagement politique ou une conscience politique, vous répondre : « tu y crois encore? »
Il est inquiétant de voir combien s’en remettent aujourd’hui aveuglément aux mains et au pouvoir d’une caste qui dirige sans qu’une grande partie de la société civile n’est plus de volonté souveraine. Il est inquiétant de voir combien la masse se dépolitise.
Toute la politique de Nicolas SARKOZY est dangereuse à cette aune-là. En effet, depuis son élection, il a précipité les mesures législatives, votées au pas de charge et au son du clairon présidentiel. Pour autant, ces lois ne sont pas suivies d’effets, puisque 70% d’entre elles n’ont toujours pas vu entrer en vigueur leurs décrets d’application.
Pour injustes qu’elles soient, la non application de ces lois qui s’empilent pour transformer notre société nous laisse dans un entre-deux malsain. Il n’est pas bon que les réformes s’accumulent, qu’elles bouleversent et rendent inquiète le corps social, et qu’elles ne s’appliquent pas réellement. Le corps social, brutalisé par la montée en charge de textes législatifs qui modifient notre environnement social, économique et juridique, ne peut trouver la stabilité promise par Nicolas SARKOZY.
Cet espace politique brouillon détricote notre régime républicain et démocratique. Nous sommes dans cet entre deux où la démocratie peut basculer d’un jour à l’autre à un régime monarchique ou impérialiste.
La crise parlementaire la semaine écoulée n’a rien de banal. Elle est le révélateur d’un pouvoir qui sait ne pas pouvoir dépasser le stade du brouillon. En discréditant le Parlement, Nicolas SARKOZY déplace le débat dans la rue. Il va radicaliser des personnes qui commencent à ne plus avoir d’espoir. Cette crise politique est porteuse de germes nauséabonds.
On voit bien la manoeuvre qui consiste à mettre en scène Olivier BESANCENOT et l’espace de la rue, pour canaliser la contestation et priver le Parti socialiste d’une base électorale nécessaire pour les élections européennes. Les sondages pour l’heure donnent le PS et l’UMP au coude à coude.
Nicolas SARKOZY joue les apprentis sorciers. Notre société ne va pas bien. Les revendications émanant des collectivités d’outre mer sont pour l’heure un signe inquiétant de ce malaise social, de cette tension potentiellement explosive.
De cette crise politique, nous ne savons ce qui peut sortir. Le pire est plus probable que le meilleur. Quel césariste ne se rêve pas en mateur de rébellion? Nicolas SARKOZY privé de moyens budgétaires, ne parvenant pas à rendre applicables ses réformes ne serait-il pas satisfait de trouver là moyen d’établir son ordre? Un ordre proche du régime chinois, où les libertés économiques vont de pair avec la restriction des libertés civiques et civiles. C’est ce canevas qui se tisse sous nos yeux: une désagrégation de la politique et de notre démocratie, au profit d’un régime autoritaire qui réprime les libertés publiques pour mieux installer son ordre économique. Surpopulation carcérale, suppression du juge d’instruction, nomination du Président de France Télévision, limitation du droit d’amendement, fichier EDVIGE ou STIC,… autant de mesures pour restreindre les libertés individuelles et collectives dans le champ civil.
Il est encore temps de reprendre le flambeau de la lutte, de la contestation et de la construction d’une alternative politique.

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