Comme il a pris le pouvoir au plus haut niveau en menant une bataille culturelle, Nicolas SARKOZY a entamé une autre bataille pour destructurer toute la Région capitale et éliminer la gauche de son paysage. Son projet : le Grand Paris…
La sélection hier de dix équipes d’architectes, d’urbanistes pour proposer d’ici six mois une vision du Grand Paris à mettre en oeuvre dès 2009 témoigne de cette nouvelle bataille culturelle. La gauche est sur la défensive. Jean-Paul HUCHON et Bertrand DELANOE rappellent à juste titre combien les élus locaux sont les acteurs légitimes de ces chantiers et les avancées déjà faites. Las! Ils seront inévitablement relégués dans la résistance au changement, le réactionnaire. Nicolas SARKOZY jouera parfaitement de l’opposition entre le mouvement et la résitance, l’immobilité, le ringardisme.
Il y a de la démesure dans le projet de Nicolas SARKOZY qui va bien plus loin qu’HAUSSMANN. Quelque chose qui se rapproche des empereurs romains les plus fous, taillant dans Rome pour créer le Colysée et offrir du pain et des jeux… Quelque chose qui se rapproche du gigantisme mussolinien qui dévisagea Rome… Quelque chose d’impérialiste…
Et le pire, c’est que, comme dans la vision d’un Berlin ou d’un Gross Paris idéalisés par HITLER, cette vision séduit, embarque… parce qu’elle est profondément novatrice, parce qu’elle se saisit des concepts les plus modernes : ne rien s’interdire, ne pas se figer sur les modes de gouvernance actuels, penser la ville de l’après KYOTO… Quoi de plus avant-gardiste et quoi de plus soucieux du développement durable que cette vision dont un des buts inavoués est de reconquérir à droite cette Région capitale…
Pour autant, sa démarche traduit également l’absence de vision et de projets de l’ensemble de la droite sur ces questions. L’appel à projets, le recours aux agence d’urbanisme et d’architecture, révèle de manière cruelle ce vide politique. Ce vide est d’autant plus important quand on le relie au fait que les caisses de l’Etat sont vides. Qui paiera? Un Etat désargenté ou des collectivités tenues que l’Etat ne respecte pas et qui sont tenues par l’opposition? Le paradoxe n’est pas réglé.
Alors que faire?
Faire le pari déjà, que des élus de gauche sont plus à même de garantir la réussite de ce projet, notamment pour rétablir des synergies sur l’ensemble du territoire, pour casser les fractures entre les poches de pauvreté du 93 et la richesse outrageante de Neuilly-Sur-Seine.
C’est à une bataille culturelle que la gauche doit s’atteler, pour contrer la récupération des idées de Roland CASTRO sur le rééquilibrage de l’agglomération. Les élus de gauche doivent se mettre en mouvement, s’organiser, contre-proposer… être plus inventifs, plus audacieux que Nicolas SARKOZY dans sa dimension mussolinienne.
La première piste, c’est de remettre le citoyen au coeur de l’agglomération. Ce citoyen qui paye des impôts, qui voyage chaque jour en voiture dans une agglomération congestionnée ou en RER délaissé pendant 30 ans par les investissements de l’Etat.
La deuxième, c’est de construire une vision autour du développement durable, réduisant la voiture, fondée sur un plycentrisme assumé autour de bassins de vie dans lesquels l’offre de services est suffisante.
La troisième, c’est d’avancer sur la gouvernance. Et oser l’audace sur ce terrain, pour ne pas attendre le big bang destabilisateur de Nicolas SARKOZY. Le Parti socialiste a les ressources pour inventer cette gouvernance de demain. Elle devra remettre le citoyen et le politique au coeur du projet. Les transports, la gestion de l’eau, l’urbanisme sont des choix éminamment politiques. Les clivages existent. Il faut les affirmer pour ringardiser une droite dont le seul intérêt est de s’accaparer la gestion des milliards d’Euros en jeu. Ne pas céder à la pression du jeune Jean SARKOZY sur la couverture de la RN 13 à Neuilly est un choix qui n’appartient pas qu’à des techniciens et aux habitants de Neuilly. Ce milliard d’euros sera bien plus utile dans les transports pour désenclaver certaines villes de Seine-Saint-Denis…
Il est urgent que la gauche reprenne le chemin du mouvement. Il est urgent qu’elle prenne conscience de cette nouvelle bataille culturelle que livre Nicolas SARKOZY. Il est urgent qu’elle livre sa propre bataille.

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