La démocratie participative est en soi une bonne idée. Elle vogue dans l’air du temps d’une société où l’instant prime sur le long terme et où l’horizon du long terme se rétrécit aux trois mois qui viennent. Plus personne ne se risque ainsi à faire des prévisions de croissance sur l’épaisseur d’un cycle; seuls les budgétaires osent le faire sur un an; les analystes se limitent au trimestre.
Il en va de même pour la sphère démocratique. Là où le vote prenait tout son sens pour élire des représentants pour une durée de cinq à sept ans, l’instant et l’émotion ont pris le pas sur la durée, sur la prévision et sur la planification. Le Grenelle de l’Environnement en est une parfaite illustration: bonne prise de conscience d’une nécessaire révolution des mentalités, mais somme toute beaucoup d’affichage et peu de réalisations dans la durée.
Les citoyens sont aujourd’hui consultés pour tout : panels de consommateurs, sondages d’opinion, élection de miss france, choix de la meilleure star du moment.
Notre bonne vieille démocratie représentative consistant à élire des représentants pour cinq ans chargés de mettre en oeuvre la politique pour laquelle ils sont élus a du plomb dans l’aile.
Elle est toujours constitutionnellement en vigueur, mais est contestée par ailleurs. On parle ainsi de plus en plus d’élections intermédiaires pour les élections locales qui ont valeur peu ou prou de test national pour la politique menée par le gouvernement en place. D’ailleurs, le fait qu’à chacune de ces échéances les Ministres mettent en jeu leur notoriété en tentant l’aventure en est une preuve flagrante.
C’est dans ce contexte qu’est apparue la démocratie participative, portée par la candidate socialiste, lors des dernières élections présidentielles. Rendre la parole au peuple paraît sain à première vue. C’est lui qui demeure le souverain dans notre République, ce que Nicolas SARKOZY obnubilé par ses rêves monarchistes oublie un tant soit peu.
Le comment n’est pas clair.
En effet, une des dérives qui frise le populisme réside dans le fait que les candidats ne s’adressent plus à des électeurs, mais aux gens. Qui peut définir ce que sont les gens? Quoi de commun comme aspiration électorale tant locale que nationale entre un retraité à petite pension, une mère au foyer, un cadre supérieur, un patron? A vouloir s’adresser aux gens, on finit par s’adresser à personne en particulier. Il n’y a pas un électeur type qui regroupe toutes les catégories de population.
Faire de la politique avec les citoyens est en soi une très grande ambition, qui prouve la maturité d’une démocratie. On s’éloigne alors du mythe de l’élite, avant-garde éclairée, qui guide le peuple infantilisé.
Mais, tout le problème réside dans le fait que le mode décisionnel n’est pas explicité. Quoi de plus naturel que de consulter les citoyens pour connaître leurs attentes? Quoi de plus moderne que de travailler avec eux pour définir le programme? Là où le bât blesse c’est pour déterminer le moment où l’on sort de la consultation participation pour passer à la décision d’un programme adopté par un parti qui va le présenter aux voix des électeurs. Ce moment-là demeure indéfini et trop souvent le fait du prince. La légitimité des partis pour adopter ces projets est battue en brèche par le fait que le projet a été travaillé directement avec la population. Il revient donc au candidat de statuer. On va alors au-delà de la démoratie représentative dans l’érection de candidats autocrates qui s’appuient sur la consultation de la population pour ne plus soumettre au vote de leurs adhérents une ligne politique.
Il en résulte beaucoup de confusion sur le fond. Il en résulte l’émergence de nouveaux roitelets locaux ou nationaux et un grand écart avec la démocratie représentative. Cette confusion entre les deux modes d’expression est source de beaucoup de malentendus et met en péril le mode démocratique sur le long terme.
Alors que faire? en revenir à des fondamentaux: débattre avec la population, oui. Mais dans le cadre d’une offre politique constituée par des organisations politiques, dont le rôle est de produire de l’offre, du clivage, des propositions pour répondre aux attentes d’une population cible devant représenter a minima 50% des électeurs + une voix.
Plus que jamais, dans des temps où la mondialisation gomme les identités, il me semble utile et nécessaire de retrouver cette force de la pensée politique, qui propose, construit une vision à moyen et long terme et en débat avec la société. L’inverse consacrera inéluctablement l’individualisme et le consensus mou au détriment de la solidarité, du progrès et de l’environnement.

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